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# Groix : les charmes de Primiture et Piwisy...
- URL: https://www.dubonusagedumonde.com/groix-les-charmes-de-primiture-et-piwisy/
- Published: 2026-08-02T10:05:10.000Z
- Updated: 2026-08-16T20:28:59.000Z
- Author: Gabriel JOSEPH-DEZAIZE
- Tags: Le grand récit, Reportage, Île de Groix, Bretagne, Portfolio

> ***Texte & photos : Gabriel Joseph-Dezaize***

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Peuplée de seulement 2 360 habitants, Groix est une île à deux visages. Le cœur battant des activités économiques se concentre à l’est : c’est Primiture. La partie ouest de l’île qu’on appelle Piwisy, très sauvage et rurale, est propice à des balades dans une nature immaculée. Reportage au sein de ce microcosme au large de Lorient dans le Morbihan. Un microcosme dans lequel il faut savoir se faire adopter...

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Port-Tudy est la porte d’entrée de l'île de Groix pour les passagers qui viennent du continent. Le musée (bâtiment rouge à gauche), une ancienne conserverie, permet de se plonger dans l’histoire de « l’île aux grenats », le surnom de Groix. ©GJD

*« Je suis né au milieu de la mer / Trois lieues au large / J’ai une petite maison blanche là-bas / Le genêt croît près de la porte / Et la lande couvre les alentours / Je suis né au milieu de la mer / Au pays d’Armor ».* Le milieu de la mer évoqué dans ce poème ? C’est l’Île de Groix. Son auteur ? Bleimor. Yann Ber Calloc’h, de son nom de baptême, est né en 1884 à l’intérieur des terres de ce territoire de 1470 hectares dans le jadis modeste village de Clavezic. Son poème écrit il y a plus d’un siècle nous invite à nous immiscer dans son île, l’une des quinze regroupées dans l’association des îles du Ponant.  
À la faveur de l’invitation de mon ami Philippe Yvon, fils de Groisillon, je suis venu passer quelques jours chez celui qui sera mon hôte et mon guide. Il vit à l’année dans un hameau discret. Kerlobihan, qui compte quelques maisons à la façade blanche aux toits couverts de tuiles en ardoise, est un lieu-dit paisible, non loin de Clavezic, village natal de Bleimor. Et à une dizaine de minutes à vélo de l’agitation sympathique du bourg où se retrouvent souvent les habitués pour leur café du matin, face à l’église. Une église unique en son genre car la girouette qui la coiffe est… un thon, symbole de la richesse passée de l’île.

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À Groix, la girouette de l’église Saint-Tudy est… un thon ! Emblême rappelant les heures fastes de cet ancien port thonier. ©GJD

**Le coeur vibrant de l'île**  
Après avoir échangé les nouvelles du jour et réservé une table pour le déjeuner chez Belle Lurette, un petit restaurant installé dans une ancienne charcuterie tenu par Émilie Pelletier, nous descendons à pied vers Port-Tudy, cœur vibrant de l’île. Ici se déversent chaque jour un flot de travailleurs, de résidents secondaires et de touristes. Erwan Tonnerre, le maire fraîchement élu, raconte : *« 2 360 habitants vivent à l’année sur l’île mais, durant la période estivale, notamment mi-août, le pic de population peut atteindre 15 000 personnes ».* L’été, quelque 2 000 visiteurs débarquent chaque jour à Port-Tudy. On est loin du temps où, à la fin du 19è siècle, l’écrivaine bretonne Valentine Vattier d’Ambroyse témoignait : *« Groix n’est pas visitée autant qu’elle le mérite. Il fallait jadis braver le risque de rester sur ce rocher plus que le temps dont on pouvait disposer ».* Au 21è siècle, l’afflux estival dont l’île est victime consentante est dû à sa beauté sauvage et à son accessibilité depuis le continent. *« On peut rejoindre Groix en trois quarts d’heure depuis la gare maritime de Lorient »*, souligne Gurvan Caudal, chargé de promotion à [Lorient Bretagne Sud](https://www.lorientbretagnesudtourisme.fr/fr/?ref=dubonusagedumonde.com). Les ferries de [BreizhGo Océane](https://oceane.breizhgo.bzh/line/destination-ile-de-groix-au-depart-de-lorient/?ref=dubonusagedumonde.com) la desservent ainsi toute l’année à raison d’au moins cinq rotations par jour. Et en saison, d’avril à septembre, plusieurs compagnies assurent également des traversées telles que Key Largo à bord d’un *range boat* au design raffiné, Bag Hatoup sur un catamaran de toute beauté, Escal’Ouest sur l’un de ses quatre navires ou encore Laïta Croisières sur un bateau accueillant une trentaine de passagers.  
Pour reprendre une expression du réalisateur Bernard Bloch, qui a consacré deux films à d’attachantes figures groisillonnes, *« ici on est nourri par l’infinitude et le terrien ».* Et, pour Valentine Vattier d’Ambroyse, Groix est un microcosme qui *« s’élève à pic sur les flots qui sans cesse heurtent sa ceinture d’écueils »*. Alors, franchissons cette ceinture d’écueils…

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À Groix on trouve de nombreux mégalithes, comme ce dolmen près de la plage des Grands Sables ou ce tumulus à la Pointe des Chats. ©GJD

**Une force estivale centrifuge**   
Troisième île la plus peuplée de celles du Ponant derrière Belle-Île-en-Mer et Yeu, Groix exerce une force centrifuge qui la sort de son isolement durant la saison estivale. Le parc immobilier est composé à 55 % de résidences secondaires, dont une majorité appartiennent à des Bretons du continent. Certains deviendront peut-être de futurs insulaires. Mais, en attendant d’y vivre à demeure, ils doivent s’acquitter d’une surtaxe sur leur taxe d’habitation. Une manne qui vient abonder les finances locales et permet de doper les infrastructures. Ici on trouve une maison de santé avec trois médecins équivalent temps plein et même un Ehpad de 47 lits… L’appétit - et les moyens financiers - des nouveaux arrivants accroît évidemment la pression foncière. Une aubaine pour les professionnels locaux du secteur de la construction dont les carnets de commande sont pleins sur plusieurs années. Et un crève-cœur pour les insulaires qui ont de plus en plus de mal à se loger à un prix décent. *« L’été, la situation est souvent inextricable pour les saisonniers qui n’arrivent pas à trouver un hébergement à cause du coût prohibitif des locations,* confie une commerçante du bourg. *Alors que l’hiver venu nous entrons dans une période de coma économique ».* Dilemme cornélien comme dans tous les lieux de villégiature enchanteurs. Aujourd’hui, le tourisme représente environ 70 % des ressources de l’île.

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Magasin Tout en bout ou Atelier Pixels de mer... Groix compte de nombreuses boutiques aux couleurs chatoyantes. ©GJD

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Dans le sens horaire de haut en bas : Mathieu Martin et Marie Debrouwère (Librairie Le Sextant), Sébastien Autret (Les caramels de Groix), Jean Lorre (Boutique Tout en bout), Emilie Pelletier (Restaurant Belle Lurette). ©GJD

Courtisée par les aficionados d’activités nautiques ou par les familles éprises de nature, Groix offre des plaisirs peu coûteux si l’on aime marcher ou pédaler. Le tour de l’île ne fait après tout que 30 kilomètres…   
Une boucle pédestre « côté plage » d’une douzaine de kilomètres permet ainsi en trois heures de découvrir l’est de l’île, qu’on appelle Primiture (prononcer « Pumetur »). En empruntant un sentier côtier qui jouxte les falaises on peut ainsi admirer les Grands Sables : une rareté en Europe, car la plage de forme convexe se déplace au gré des courants. Nos pas nous guident ensuite vers les Sables Rouges. Ce nom provient des grenats qui, délavés par la mer, lui donnent sa couleur singulière. Groix est d’ailleurs surnommée « l’île aux grenats ». Notre étonnement est à son climax quand nous débouchons à la Pointe des Chats. Là, situé au bout de la terre insulaire, un petit phare toise l’océan. Érigé dans un site protégé - la réserve naturelle François Le Bail – il a été transformé en un gîte d’exception. Lors de fouilles récentes, à un jet de pierres, un tumulus a été dégagé : une rareté mégalithique comme nous en verrons d’autres. En nous dirigeant vers le joli village côtier de Locmaria, subsitent les restes d’un tombeau Viking. Ensuite, nous remontons vers le bien nommé Trou de l’Enfer. Quelques promeneurs sont venus, comme nous, admirer du haut des falaises cette anfractuosité où les vagues viennent pousser leurs derniers cris. De là nous rejoindrons le bourg à pied en une demie heure.

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Les goélands marins, argentés ou bruns sont des espèces protégées. Sédentaires ou migrateurs, il ne faut surtout pas perturber ces oiseaux lorsqu’ils viennent nicher au bord des falaises ou dans la lande de l'île de Groix. Durant le confinement, en 2020, un nid de goélands argentés était carrément installé sur un sentier à Pen Men ! ©GJD

En quittant Primiture, direction Piwisy (prononcer « Puhuzi »), la partie rurale à l’ouest de l’île. Une route unique mène, en une vingtaine de minutes à vélo, à Pen Men, où se trouve le grand phare de Groix. Construit en 1836, il est aujourd’hui automatisé. Frayant notre chemin parmi les ajoncs et la bruyère vagabonde, nous pénétrons dans ce qui constitue la deuxième partie de [la réserve naturelle François Le Bail](https://www.bretagne-vivante.org/nos-actions/espaces-naturels/nos-reserves-nationales-et-regionales-rnn-et-rnr/r-n-n-francois-le-bail/?ref=dubonusagedumonde.com) : un sanctuaire pour les oiseaux (goéland argenté, goéland marin, goéland brun, fulmar boréal…). Pas moins de 160 espèces fréquentent Groix, dont 69 sont nicheuses sur l’île. Un unique couple de faucons pèlerins a même élu domicile près des falaises de Beg Melen. Ce jour-là, le temps est instable : de violentes bourrasques de vent et de pluie s’excusent soudainement pour nous offrir une lumière cristalline. 

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Depuis la création de la réserve naturelle François Le Bail, l’équipe gestionnaire propose des animations à Primiture (est) et Piwisy (ouest) pour faire découvrir les richesses de l’île : géologie, oiseaux, flore terrestre et marine. Pauline Le Hyaric, chargée de mission, assure ici l’observation de goélands à Pen Men, sur la pointe ouest de l’île. ©GJD

**La manne du thon germon**  
En observant depuis les falaises abruptes le ballet des oiseaux se délectant des poissons qu’ils parviennent à happer, nous pensons aux temps anciens où la ressource halieutique a été la source principale de survie des Groisillons. Après l’ère de la sardine dont les Îliens tiraient leurs revenus est venue celle du germon, ou thon blanc. En 1860, l’apparition d’un nouveau type de bateau à voiles, le « dandy » - rebaptisé « dundee » ou « dundée » par les Groisillons - va devenir le nouvel outil de travail et de subsistance des insulaires. Le dundée va leur permettre d’aller pêcher le germon jusqu’au golfe de Gascogne et même plus bas jusqu’aux côtes espagnoles. *« Groix qui a introduit la pêche au thon en Bretagne, devient le premier port de pêche thonier de France et le reste de 1870 à 1940 »*, rappellent Stefan Moginet et Elizabeth Mahé dans « L’île de Groix au temps des thons ». L’émergence de ces bateaux thoniers va avoir un double impact. Tout d’abord, contrairement aux sardiniers, ils sont trop gros et trop nombreux pour entrer dans le port. Ainsi Port-Tudy va devoir s’agrandir pour les accueillir. Ensuite, pour transformer le fruit de la pêche au thon, cinq conserveries vont sortir de terre. Les deux premières ouvrent en 1864 : Romieux à Port-Tudy (aujourd’hui enceinte du [Musée de Groix](https://bretagnemusees.bzh/musee/musee-de-lile-de-groix/?ref=dubonusagedumonde.com)) et Jego à Port-Lay. À la fin du 19è siècle Groix est à l’apogée de la pêche thonière. On compte alors près de 300 dundées et 2 000 marins pour 4 800 habitants. Le thon germon fait alors vivre 95 % de la population. Parallèlement, un (curieux et essentiel) nouveau métier fait son apparition : celui de « senteuse ». Pour vérifier la fraîcheur du poisson, on fait (surtout) appel à des femmes qui possèdent un « nez ». Ce sont elles qui décident de la qualité d’un thon propre à la consommation et donc à sa mise en boîte.  
Les conserveries ont progressivement périclité après-guerre, la dernière, Orvoën, ayant fermé en 1979\. Mais, en 2000, sous l’impulsion de Christian Guyader, émerge alors [Groix & Nature](https://groix-et-nature.com/fr/?ref=dubonusagedumonde.com). Aujourd’hui dirigée par sa fille Marianne, cette entreprise a recréé de l’emploi et développé une nouvelle gamme de produits labellisés. Sur l’île, elle possède une conserverie et une boutique. La rillette de thon est toujours un *must have*. Mais, Groix & Nature propose aussi des créations comme de l’huile de homard ou d’algues.   
Pérenniser la qualité halieutique groisillonne est aussi l’un des mantras de Patrick Saigot, une figure locale. Hyper actif, cet entrepreneur est présent dans de nombreuses affaires. Il a ouvert en 2019 le Bistrot Bao qui propose une cuisine raffinée (il faut goûter son poulpe fumé, son tarama, son merlu et sa barbue…). Et il dirige les Fumaisons de Groix depuis 2017\. Son laboratoire artisanal situé sur la jetée de Port-Tudy transforme du lieu jaune, du maquereau, du mulet noir, du saumon, du poulpe ou encore du thon blanc. Patrick Saigot s’approvisionne, sur le port, auprès des artisans-pêcheurs. On compte ces derniers sur les doigts d’une main. Loïc Noiret, l’un deux, s’est ainsi lancé dans l’aventure en 2016 à bord du Ar Louëdig, conçu pour la pêche au filet et au casier. 

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Loïc Noiret est artisan-pêcheur à Groix depuis 2016\. Ses prises ? Araignées de mer, crabes, mulets, rougets, poulpes... Des poulpes qu'il vend notamment aux Fumaisons de Groix, une entreprise créée par Patrick Saigot. ©GJD

Autre acteur-clé de cet écosystème : Erwan Tonnerre. Le nouveau maire de Groix, biologiste marin diplômé d’un master à Galway en Irlande, dirige[ Groix Haliotis](https://groixhaliotis.com/?ref=dubonusagedumonde.com). Une de ses spécialités ? L’élevage d’ormeaux. Nourri aux algues fraîches, ce fruit de mer haut de gamme est surnommé « Le caviar de la mer ». Groix Haliotis, l’un des deux seuls producteurs français en produit environ 5 tonnes par an. Vendus environ 80 euros le kilo, ces gastéropodes séduisent une trentaine de chefs et une clientèle particulière via internet.

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Dans les « Halles de l’Île », point de passage vibrionnant, notamment le samedi matin, Groix Haliotis (fruits de mer) ou Ti Tudi Breizh (biscuits), deux enseignes historiques de Groix, y vendent leurs spécialités. ©GJD

**Une île mythique et addictive**  
Groix est assurément une île mythique et addictive. Hors saison, quelque 6 000 visiteurs s’y pressent encore chaque week-end. Ils sont captés par le magnétisme de ce caillou marin souvent battu par le vent, la pluie et les embruns. Et envoûtés par sa magie lorsque le silence dans la lande le dispute au fracas des vagues qui mordent les falaises de schiste. « *En hiver, une fois les estivants partis, l’île fait relâche. Il s’en dégage alors une poésie discrète et sobre »*, résume joliment la photographe Dominique Depasse qui a immortalisé l’île en noir et blanc dans « Un hiver à Groix » (2024). Un avis partagé par Mathieu Martin, un ancien expatrié, qui a ouvert la librairie Le Sextant dans le bourg en décembre 2024 et co-préside le [Fifig](https://www.filminsulaire.com/?ref=dubonusagedumonde.com), le Festival international du film insulaire de Groix (19 au 23 août 2026) : « *Passer l’hiver à Groix ? C’est le test absolu pour les gens qui veulent s’y installer* ! ». Mon temps s’achève. En voyant l’île s’effacer derrière le sillage du dernier ferry qui me ramène à Lorient je repense au barde Bleimor qui vantait dans l’un de ses poèmes *« le sol sacré du schiste ».* La réserve naturelle François Le Bail qui occupe actuellement 99 hectares de l’île entre Primiture et Piwisy pourrait s’étendre sur 830 hectares à horizon 2028\. Groix, c’est cela : un sol sacré qu’il faut préserver.

*Une version de ce reportage a initialement été réalisée pour le magazine Grands Reportages.*

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Le Camp des Gaulois qui domine l’océan dans une lande extatique, non loin du Grand Phare de Pen Men, incite à la paix, au recueillement et à la méditation. ©GJD

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La beauté sauvage des vagues qui viennent gémir sur les falaises de schiste de l'île de Groix nous rappelle que la force de la nature est toute puissante. ©GJD

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